De l’eau sous les ponts

Le Pont Marie et le port Saint Paul Charles-Louis Mozin (vers 1827)

Marie lave ses pieds dans la Seine. Colossale, elle perturbe le flot du courant, oblige l’eau chargée de boue, de vase et d’immondices a contourner ses mollets épais et solides, ancrés on ne sait dans quelle profondeur infâme. L’eau paraît plus sale encore là ou un petit remous se forme, devant les jambages de pierre blanche. Plus très blanche. Les flots se séparent dans une turbulence, à peine visible, et dessinent de part en part deux lèvres bordées d’écume verdâtre. La structure offre son épine dorsale, serviable et docile aux sabots des lourds chevaux de trait. Les essieux des charrettes ploient sous leur charge de poissons morts reposant dans des paniers d’osier. L’air est lourd, collant, presque irrespirable. Les passants se pressent et ne semblent pas réaliser le combat de titans qui se déroule sous leurs pieds. L’eau se jette sans répit. Elle s’enfle, prend son élan et vient heurter la pierre. Inlassablement. Marie tient bon, sépare les troupes, dissipe l’assaut, sans un frisson, sans un sursaut. Immuable.

Pourtant elle n’a pas toujours été là. Il faut remonter au 11 octobre 1614. Louis XIII encore enfant, vient poser la première pierre. Accompagné de sa mère. Une autre Marie… La mère et son fils.
Faut il y voir un signe?
Si on l’appelle Marie ce n’est pourtant pas en hommage à cette Marie là. Ni à l’autre Marie. Celle bénie entre toutes les femmes. La mère. Non, ce nom viens du père: Christophe. Celui qui porte le christ.
Faut-il y voir un signe?
Christophe, patronyme: Marie, entrepreneur général des ponts et chaussées du royaume de France. Il y’a longtemps. Bien longtemps. De l’eau est passé sous les ponts…. On pourrait presque compter ce temps en mers, mers écoulées sous les pieds de la mère.
Faut il y voir un signe?

C’est l’eau qui rapproche les fils.
Christophe pourfend à toute allure les flots dans son vaisseau de bois. Eau, infinie, sauvage, surface translucide et miroitante comme un objet précieux qui vient mourir sur le sable fin des îles lointaines. Quelques mers (mères) plus tard, Christophe contrarie le courant par ses piles minérales. Eau, bornée par les deux berges ensablée, stérile, animal domestique, salie au contact prolongée de l’homme.

Faut il y voir un Cygne?

Baudelaire#5

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