Ennui

L’ennui, puissant, profond, sans fond, insurmontable et insurmonté, lent, long, large s’allonge, se prolonge, n’en finit plus de s’étirer. Il obsède, avilie, commande, ordonne, prend le dessus, et au dessus? Rien, vide, trou béant derrière mon front, juste là, mon cerveau mou, paresseux, flasque, gélatineux, matière indéfinissable mi liquide, mi élastique, mer calme, mer d’huile, sans une vague, sans une ride, plate, morne, contenue, retenue par les parois minérales, lisse et sans vie de ma boite crânienne.

Mon cœur, métronome invisible, bat lentement. Lentement s’enfle puis tout aussi lentement se vide, au rythme de l’horloge du salon, aiguilles dorés, usées, rouillées presque immobiles, mouvement imperceptible. Il bat je l’entends, à l’intérieur de moi, me concentre sur le prochain bruit sourd à venir, tic : pas encore, tac : toujours pas. Enfin la note ronde, vaut deux blanches, quatre noires et huit croches, vide en son centre, vide de sens, accroche toi mon cœur. Un raté, manquement dans le battement régulier, comme le pied qui glisse sur le rocher humide, qui dérape sur le chemin de graviers blancs. Milliers de graviers qui s’égrènent sans bruit dans un sablier immense, prisonnier de leur paroi de verre.

Ma colonne vertébrale, fondatrice, tige rigide qui me dresse, me pousse vers le ciel, support de vie, tuteur d’acier, ploie, se tord, s’arc-boute, cède. Elle se tasse, me tasse, m’aplatit dans le siège profond, mou, sans forme, uniforme dans lequel je m’enfonce. Le sol m’appelle, m’attire. Sables mouvants à l’intérieur desquels je plonge, pourtant immobile, ne pas bouger, il ne faut pas bouger. Le sable dense, compact, épais pénètre ma bouche, emplit mes narines, j’étouffe !

Je regarde mes mains, posées là bien à plat sur mes genoux, pas un sursaut, ni un soubresaut ou un tremblement. Immobiles, immuables, imperturbables. Quelle est cette matière tiède, ni chaude, ni froide qui recouvre mes muscles inertes ? Je ne sais pas, je ne sais plus, l’ai je déjà su ? La couleur rose tire sur le blanc, laiteuse, floue, irisée, opalescente, évanescente, transparente. Inexistante.

L’ennui m’englobe, m’avale, me digère.

Je commence déjà à disparaître.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :