Faire part

« – Agnès ?
– Non
– Sophie, Caroline, Chloé ?
– Banal, passe partout, ennuyeux
– Louise ?
– Le prénom de mon arrière arrière grand mère, elle avait un caractère détestable… enfin c’est ce qu’on m’a toujours dit
– Roxanne ?
– Trop râpeux !
– Myrtille ?
– Et pourquoi pas banane ?
– Juliette…
– J’aime bien Juliette. Romantique, un brin suranné…
– Va pour Juliette !
– Mais…
– Mais quoi ?
– …et si c’est un garçon ? »

Nommer ce qui n’existe pas encore…Donner un nom c’est devenir quelque part un peu parent, un peu responsable du personnage sorti de notre imaginaire. Ça fait partie des finitions. Et les finitions c’est important. C’est ce qui va se voir au premier coup d’œil … les finitions c’est choisir la disposition des meubles, la couleur de la peinture. A moins que cela ne touche la structure même de l’ouvrage, sa colonne vertébrale. On est alors en droit de se demander si le personnage fait le nom ou si le nom enfante le personnage ?

Il y a des noms qu’on aime et d’autres qu’on déteste d’emblée. Des noms tellement bizarre qu’on les accroche dès la première lecture et puis, il faut bien en faire l’aveu, on les saute, sans vraiment les lire, par paresse de les décortiquer à chaque fois qu’il refont surface au gré du récit.

Il y a des noms qui incarnent la beauté. Prenez Salammbô. Double exploit esthétique. Beau à voir : ça commence tout en courbes, ça s’étire en son milieu puis ça finit tout en rondeur, surplombé d’un majestueux accent circonflexe. Beau à entendre : C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Tout est dit…

Il y a des noms lourds de symbolisme. Le capitaine Achab dans sa quête fanatique du grand léviathan blanc. Court, majestueux, un nom qui sied à un roi. Tout est dit…

Il y a des noms de gentils et d’autres de méchants parce que le monde est plus équilibré ainsi. Comte Dracula que l’on prononce en retroussant légèrement les lèvres pour découvrir les canines. Autrement nommé Nosferatu, que l’on aspire d’un trait et qui se termine avec le bruit froid d’un sac d’os qui s’entrechoquent. Tout est dit…

Bref, un nom ce n’est pas de l’ordre du hasard. Ni d’une langue morte. Ça se chante, ça se crie, ça se murmure. Ça s’enfante dans la sueur. Ça se vit.
Pour ce qui est du texte ci dessus, ce n’est pas moi qui ai choisit le nom… il m’échappe, me dépasse, il naît de l’histoire même. Les deux protagonistes en ont la paternité exclusive. Veuillez vous adressez à eux en cas de réclamation…

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