Enfance

Souriez le petit oiseau va sortir s’échapper et s’envoler haut tout là haut dans le ciel bleu sans nuage où le soleil écrase les ombres immobiles accrochées aux semelles ancrées sur le sol dur aussi raide que le corps droit comme un I planté un peu engoncé dans les habits du dimanche car il faut se tenir bien droit ne pas se laisser distraire par ce petit oiseau qui lui peut s’envoler ni par ma chemise neuve qui irrite mon cou si seulement je pouvais me gratter mais je me fige le sourire crispé pendu au zygomatique et parfaitement immobile pour que la pellicule immortalise cet instant de manière nette et précise.

Un deux trois soleil se cache derrière les nuages qui bouchent le petit carré de ciel de la cour de l’école à l’instant précis où tu te retournes et va me voir bouger c’est certain dans l’infime tremblement de mon index pointé vers l’avant prolongement de mon bras levé trop haut trop lourd et cette posture idiote de mon corps en équilibre précaire un pied en l’air tous les muscles tendus arrêtés net dans leur élan prêt à bondir là bas vers le mur de la cour d’école recouvert de fresques colorées où tu te retournes à nouveau.

Le premier de nous deux qui rira aura une tapette et de nous deux cela ne sera certainement pas moi non je ne bougerai pas un cil de mes paupières de toute mes forces grandes ouvertes pour ne pas cligner des yeux même si les cornées me piquent jusqu’à en pleurer pas le temps d’y penser je me concentre sur le fou rire sournois énorme incontrôlable en train de naitre là juste sous ma poitrine se gonflant d’un soubresaut  prêt à exploser et se propager telle une trainée de poudre jusqu’au bout de mon bras jusqu’au bout de mes doigts entre le pouce et l’index qui tiennent bien fort ta barbichette pour ne pas bouger et ne surtout pas rigoler.

Arrête de gigoter je refais ton lacet mais à quoi ça sert les lacets si ce n’est à être défait et puis quand on grandi il faut apprendre ce nœud compliqué mais moi je veux rester petit alors je ne bougerai pas c’est si facile il suffit d’ inspirer calmement pour calmer les battements de mon cœur qui s’affole puis expirer ne surtout pas parler et profiter de ton parfum doux presque un peu sucré de tes doigts agiles et fins qui nouent une boucle puis une deuxième et de cette mèche de cheveux couleur de feu qui vient effleurer mon genou chair de poule sur ma cuisse restant bien calme et immobile avant de courir se blottir dans le creux de tes bras. 

On disait que tu serait mort et la conjugaison on s’en fiche bien trop occupés à jouer c’est très sérieux jouer que tu es mort là par terre ta poitrine criblé des flèches des indiens ou bien tué par le shérif qui t’avais bien prévenu pourtant de ne pas bouger mais tu n’en fait qu’à ta tête reposant sur l’herbe humide ta langue sortie entre tes lèvres entrouvertes alors que tes yeux sont fermés trop fort pour que cela soit vrai et dessinent des minuscules rides sur le front lisse de l’enfance qui a bien le temps de grandir bien le temps de s’assagir bien le temps de vieillir puis un jour sans prévenir de mourir.

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